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      Photocopieur mal configuré : la faille discrète qui peut compromettre tout le réseau d’entreprise

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      7–11 minutes

      Pourquoi un photocopieur représente aujourd’hui un risque cyber réel

      Un photocopieur professionnel n’est plus un simple appareil qui reproduit du papier. Il embarque un système d’exploitation, des ports réseau, parfois un disque ou une mémoire de stockage, des services web, des fonctions de scan vers e-mail, vers dossier réseau ou vers un service cloud. Il peut aussi utiliser des protocoles comme HTTP, HTTPS, IPP, SMB, LDAP, FTP ou SNMP. En pratique, cela signifie qu’il expose une surface d’attaque comparable à celle d’un autre équipement connecté d’entreprise. Les travaux publiés sur la sécurité des MFP insistent précisément sur cette réalité : ces machines peuvent être exploitées via leurs fonctions réseau, de gestion ou de transmission documentaire, avec des impacts directs sur la confidentialité, la disponibilité et l’intégrité des données.  Cette réalité est d’autant plus préoccupante que les photocopieurs manipulent des données sensibles au quotidien : contrats, bulletins de paie, pièces comptables, relevés d’identité, dossiers RH, bons de commande, documents juridiques ou scans de pièces d’identité. Si l’appareil conserve localement une copie des impressions ou des numérisations, ou s’il est compromis par un tiers, les conséquences peuvent aller bien au-delà d’un simple incident bureautique. Les constructeurs eux-mêmes mettent désormais en avant le chiffrement des données stockées, le contrôle d’accès par rôle, l’authentification utilisateur, la suppression sécurisée des fichiers et la journalisation, preuve que le multifonction est devenu un maillon critique de la chaîne documentaire.

      En résumé :

      Dans beaucoup d’entreprises, le photocopieur reste perçu comme un simple équipement bureautique. Pourtant, un multifonction moderne est en réalité un terminal connecté : il imprime, numérise, stocke des documents, dialogue avec l’annuaire, envoie des e-mails et s’intègre souvent à plusieurs briques du système d’information. Cette évolution fait de lui un actif informatique à part entière, avec les mêmes enjeux de cybersécurité qu’un poste de travail ou un serveur. Les autorités britanniques sur la sécurité des équipements connectés d’entreprise soulignent d’ailleurs que les imprimantes de bureau font partie des appareils susceptibles, en cas de compromission, d’ouvrir un accès beaucoup plus large au réseau de l’organisation.

      Les erreurs de configuration les plus dangereuses

      La première faille, et la plus classique, reste le mot de passe administrateur par défaut. En juin 2025, Rapid7 a révélé huit vulnérabilités touchant 748 modèles de cinq marques, dont 689 modèles Brother. La plus grave, CVE-2024-51978, permettait à un attaquant non authentifié de générer le mot de passe administrateur par défaut à partir du numéro de série de l’appareil. Plus inquiétant encore, cette faiblesse ne pouvait pas être totalement corrigée par simple firmware sur certains équipements existants, ce qui renforce l’importance du changement manuel immédiat des identifiants de gestion.  

      Autre erreur fréquente : laisser actifs des services inutiles ou anciens comme Telnet, FTP, HTTP non chiffré ou certaines fonctionnalités web non restreintes. Berkeley recommande explicitement de désactiver les protocoles non indispensables, d’utiliser HTTPS plutôt qu’HTTP, SSH plutôt que Telnet, et de limiter l’accès à l’administration à des réseaux autorisés uniquement. Ces mesures paraissent basiques, mais elles restent essentielles, car chaque service inutilement exposé augmente la surface d’attaque et multiplie les possibilités d’exploitation.  

      Une troisième faiblesse récurrente concerne l’absence de segmentation réseau. Un photocopieur laissé sur le même réseau que les postes utilisateurs, les serveurs ou certains équipements sensibles peut offrir aux attaquants un point de rebond en cas de compromission. Les guides de sécurité recommandent de placer les imprimantes sur un segment ou un VLAN dédié, d’utiliser des règles de filtrage et, dans certains cas, de réduire la capacité de routage de l’équipement. Ce cloisonnement n’est pas un luxe : c’est l’un des moyens les plus efficaces pour empêcher qu’un incident local sur un multifonction ne devienne un incident global sur l’entreprise. 

      Un photocopieur compromis peut servir d’entrée vers le réseau

      Ce qui rend le sujet sérieux, ce n’est pas seulement le vol de documents. Un photocopieur mal configuré peut aussi devenir un point d’entrée technique dans le réseau. Les recommandations de Berkeley l’indiquent clairement : si l’interface d’administration n’est pas correctement sécurisée, un attaquant peut modifier l’adresse réseau de l’équipement, détourner les travaux d’impression, rendre l’appareil inutilisable ou s’en servir comme plateforme d’attaque contre d’autres systèmes. Les recherches sur les MFP soulignent également le risque de mouvements latéraux, de déni de service et d’exfiltration de données lorsque ces équipements ne sont pas intégrés à la politique de sécurité globale. 

      Les vulnérabilités identifiées par Rapid7 illustrent très bien cette menace. Au-delà de l’authentification par défaut, les chercheurs ont documenté des fuites d’informations, des requêtes forcées, des plantages à distance et des divulgations de mots de passe de services externes configurés sur les machines. Pour une entreprise, cela signifie qu’un photocopieur n’est pas seulement une cible opportuniste : il peut devenir un pivot discret, intéressant pour un attaquant qui cherche à rester sous le radar tout en accédant à des flux documentaires et à des services internes.  

      Le risque messagerie : quand le copieur devient un vecteur de phishing

      L’un des aspects les plus sous-estimés concerne les fonctions scan-to-mail et les usages de messagerie intégrés aux multifonctions. En 2025, Varonis a mis au jour une campagne visant plus de 70 organisations, exploitant la fonctionnalité Microsoft 365 Direct Send, utilisée notamment par des périphériques comme les imprimantes et scanners pour envoyer des messages sans authentification forte. Selon les chercheurs, cette fonction a été détournée pour expédier des e-mails de phishing se faisant passer pour des utilisateurs internes, sans qu’aucun compte ne soit compromis au préalable.  

      Ce point est particulièrement important pour les entreprises qui considèrent leur photocopieur comme un simple outil de numérisation. Lorsqu’un appareil envoie des e-mails au nom du domaine, il devient une extension opérationnelle de la chaîne de confiance de la messagerie. S’il est mal configuré, mal limité ou mal surveillé, il peut contribuer à des campagnes de fraude interne apparente, de phishing ou de diffusion de pièces jointes malveillantes. Autrement dit, un photocopieur mal administré ne menace pas seulement la confidentialité documentaire : il peut aussi fragiliser la sécurité de la communication interne.  

      Pourquoi les entreprises sous-estiment encore ce risque

      La première raison est culturelle. Beaucoup d’organisations continuent de voir le parc d’impression comme un domaine séparé de la cybersécurité, souvent géré entre le prestataire bureautique, les achats et l’IT. Or les travaux sur les équipements connectés d’entreprise montrent précisément que ce manque de gouvernance claire crée des angles morts : les entreprises manquent de visibilité sur les vulnérabilités, les responsabilités et les moyens de supervision adaptés à ces appareils. 

      La deuxième raison tient au cycle de vie. Les photocopieurs restent souvent en service pendant plusieurs années, parfois bien plus longtemps que les postes de travail. Ce décalage augmente le risque de firmwares obsolètes, de fonctions anciennes encore actives ou de protections qui n’ont jamais été revues depuis l’installation initiale. Les constructeurs rappellent que les fonctionnalités de sécurité existent, mais qu’elles doivent être activées, configurées et maintenues correctement par l’organisation ; autrement dit, la sécurité embarquée n’a de valeur que si elle est réellement mise en œuvre.  

      Comment sécuriser un photocopieur connecté en entreprise

      La première mesure consiste à changer immédiatement tous les identifiants d’usine et à imposer des mots de passe robustes pour l’administration. C’est une priorité absolue, d’autant plus importante à la lumière des vulnérabilités mises en évidence par Rapid7. Ensuite, il faut restreindre l’accès à l’interface d’administration, limiter l’accès par adresse IP ou sous-réseau et interdire toute exposition directe à Internet.  

      La deuxième étape est le durcissement des services réseau : désactiver Telnet, FTP et tout protocole non utilisé, imposer HTTPS et SSH, sécuriser SNMP, limiter IPP aux usages nécessaires et encadrer strictement les fonctions d’envoi vers la messagerie. Les recommandations sur les MFP et celles des constructeurs convergent sur ce point : moins il y a de services exposés, moins il y a d’opportunités d’exploitation.  

      La troisième mesure est la segmentation. Le parc d’impression doit idéalement être isolé dans un VLAN dédié avec des règles de filtrage précises vers les serveurs d’impression, les annuaires, les relais mail ou les partages autorisés. Il faut également mettre à jour régulièrement le firmwareactiver les journauxsurveiller les événements et, si possible, intégrer ces logs à une logique de supervision ou de SIEM. Les solutions avancées proposées par certains constructeurs, comme la vérification de firmware, l’allowlisting ou la remontée d’événements de sécurité, montrent bien que le photocopieur doit être traité comme un endpoint supervisé, et non comme un simple accessoire de bureau. 

      Conclusion : le photocopieur n’est plus un équipement secondaire

      Un photocopieur mal configuré peut aujourd’hui exposer une entreprise à des fuites de données, à des compromissions réseau, à des perturbations de production et même à des abus de la messagerie interne. Les recherches récentes sur les équipements connectés d’entreprise, les vulnérabilités massives révélées en 2025 sur plusieurs modèles de MFP et l’exploitation de fonctions d’envoi interne dans Microsoft 365 montrent une chose simple : ce qui semblait être un outil de bureautique est devenu un véritable actif informatique critique.  En clair, sécuriser un photocopieur ne relève plus du confort, mais de l’hygiène cyber élémentaire. Inventaire, changement des identifiants, désactivation des services inutiles, segmentation réseau, chiffrement, contrôle d’accès, supervision et mises à jour doivent faire partie de la politique de sécurité standard. Sans cela, la machine censée simplifier la circulation des documents peut devenir l’un des points faibles les plus discrets — et les plus dangereux — du réseau d’entreprise

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      Avatar de Thibault FOURNIER

      Vous vous posez peut-être ces questions ?

      Un photocopieur peut-il être piraté ?.

      Oui, un multifonction connecté peut être compromis via une mauvaise configuration, un mot de passe par défaut, un service exposé ou une faille de firmware

      Pourquoi un photocopieur représente-t-il un risque pour le réseau ?

      Parce qu’il s’agit d’un équipement connecté capable de stocker des données, d’échanger avec la messagerie, l’annuaire ou des partages réseau, et donc de servir de passerelle vers d’autres ressources

      Quelles sont les protections prioritaires ?

      Changer les mots de passe par défaut, cloisonner le matériel, désactiver les services inutiles, chiffrer les flux, mettre à jour le firmware et superviser les journaux.

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